Author: Wictoriane
•22:54


Le livre
:
Titre original : Sense and sensibility
Date de parution : 1811
Traduction française par : Jean Privat
Editions Christian Bourgois (10-18)
370 pages






Le sujet
:
Angleterre, début du 19ème. Mme Dashwood a du souci à se faire : Elinor et Marianne, ses deux filles ainées tombent tour à tour amoureuses d'hommes qui n'assument pas leur inclination pour les demoiselles : Marianne, la sentimentale, s'éprend de John Willoughby et Elinor, la raisonnable tombe amoureuse d'Edward Ferrars. Chacune va devoir affronter l'inconstance de ses messieurs.

Le verbe :
Elinor ne répondit rien. Elle méditait silencieusement sur le mal irréparable qui découlait d'une indépendance prématurée. La paresse, la dissipation, le luxe qui en avaient été la conséquence avaient anéanti l'esprit et le caractère, détruit le bonheur d'un homme doué de tous les avantages du corps et de l'esprit. Avec des dispositions naturelles à la franchise et à l'honnêteté et un coeur sensible et aimant, le monde l'avait rendu d'abord extravagant et vain ; et, peu à peu, insensible et égoïste. La vanité, en lui faisant rechercher un triomphe coupable aux dépens d'une autre, l'avait mis sur la route d'un amour sincère que son emportement vers les plaisirs l'avait forcé à sacrifier. Chaque concession en l'inclinant vers le mal l'avait également conduit au châtiment. L'amour qu'il avait volontairement repoussé contre son honneur, son propre sentiment et son véritable intérêt, le possédait tout entier, maintenant qu'il lui était interdit.
(p 327)
Mon complément :
J'ai volontairement rédigé un résumé court comme accroche, mais j'ai aussi préparé un rapport plus détaillé de cette histoire que voici :

(spoiler !)
A la mort d'Henry Dashwood, sa veuve, Madame Dashwood et ses 3 filles (Elinor, Marianne et Margaret) doivent laisser leur belle propriété de Norland (Sussex) à John Dashwood, le beau-fils et demi-frère de ses dames. Celui-ci est fortement poussé par sa femme, la peu aimable Fanny, à se débarrasser de l'encombrante famille, et les dames Dashwood s'installent à Barton (Devonshire). Elinor laisse alors derrière elle le beau Edward Ferrars (24 ans), le frère de Fanny, son amoureux secret.
Le mobilier fut expédié entièrement par eau. Il consistait principalement en linge de maison, argenterie, vaisselle et livres, et un beau piano-forte appartenant à Marianne. Mrs John Dashwood vit partir les paquets avec un soupir, elle ne pouvait s'empêcher de trouver dur que, avec une fortune aussi insignifiante à côté de la leur, Mrs Dashwood pût posséder d'aussi belles choses.
(p 29)
A Barton, les quatre femmes, font connaissance de leur riche cousin éloigné Sir John qui les a invité à occuper Barton cottage qui jouxte sa propriété de Barton Park d'un demi-mile (800 mètres environ). Elles font également la connaissance de John Willoughby (25 ans), un beau jeune homme qui ne tarde pas à tomber follement amoureux de Marianne, et réciproquement. Le Colonel Brandon (35 ans), un vieil ami de Sir John, tombe lui aussi sous le charme de Marianne, hélas pour lui ! il a 18 ans de plus que la jeune fille et bien entendu, elle ne le "voit" pas comme un futur mari potentiel... d'autant que Willoughby est vraiment très prévenant et charmant. Pourtant Willoughby finit par partir, et Marianne désespère de le revoir.

Willoughby parti, place à Edward. Mais il semble bien sombre... Elinor ne reconnaît pas son cher amoureux qui reste distant, comme préoccupé. Impossible de savoir ce qui le retient de lui déclarer son amour.... Et Elinor est trop raisonnable pour tenter d'en savoir plus.

De nouvelles venues arrivent chez Sir John qui adore recevoir et faire la fête : ce sont les soeurs Steele : Miss Steele (Anne, 30 ans) et Lucy la cadette (25). Les deux jeunes femmes manquent cruellement d'éducation mais elles font une compagnie pour distraire un peu à la campagne. Le côtoiement des jeunes Dashwood et Steele va permettre un terrible aveu : Lucy explique à Elinor qu'elle s'est fiancée à Edward voici 4 ans. Elinor reste sous le choc de cette révélation qui doit rester secrète, et ne dit mot à personne, ni à sa soeur, ni à sa mère, de l'anéantissement de ses voeux les plus chers. Terminée l'éventualité d'une union avec son cher Edward.

Maintenant, Elinor et Marianne vont se changer les idées à Londres : elles y retrouvent
Willoughby qui ignore Marianne au grand désespoir de celle-ci, Marianne n'est pas comme sa soeur : elle est bien trop sensible pour contenir et cacher son chagrin, ce ne sont que larmes et dépression. Pire encore, voilà que Willoughby se marie avec une femme riche !!! C'est trop, Marianne est effondrée.

Autre coup de théâtre : voilà que les Dashwood-Ferrars apprennent incidemment le lien entre Lucy et Edward : résultat, la mère Ferrars renie son fils qui part aussitôt de Londres pour Oxford. Il lui faut vite trouver un revenu et comme il a toujours désiré être clergyman (plus précisément de disposer d'une cure) c'est le Col Brandon qui, par l'intermédiaire d'Elinor, lui offre son futur emploi.
Voulez-vous être assez bonne pour lui dire que la cure de Delaford, qui vient d'être vacante, ainsi que me l'apprend une lettre reçue ce matin, est à sa disposition s'il veut l'accepter ; et, en raison de la fâcheuse position où il se trouve on ne peut guère douter de sa réponse. Je voudrais simplement qu'elle fût plus importante : c'est un rectorat, mais petit ; le dernier titulaire, je crois, n'en retirait pas plus de deux cents livres par an et, bien qu'il soit certainement susceptible d'amélioration, je crains que le revenu ne soit pas assez suffisant pour lui assurer une existence vraiment convenable. Tel qu'il est, cependant, j'aurais grand plaisir à présenter Mr. Ferrars à ce poste. Je vous prie de l'en assurer.
L'étonnement d'Elinor en recevant cette commission n'aurait pas été plus grand si le colonel lui avait demandé sa main.
(p 278)
Dépossédé par sa mère de son héritage, Edward devient moins intéressant, et voilà que Lucy s'amourache de Robert, le frère, ils convolent en douce, au grand plaisir d'Edward enfin libre d'aller courir demander sa main à Miss Dashwood (la belle Elinor).
Son voyage à Barton, en fait, avait un but fort simple. Il venait seulement pour demander la main d'Elinor ; et, si l'on considère qu'il n'était nullement dépourvu d'expérience en la question, on peut trouver étrange qu'il se soit senti, en l'occurrence, si mal à l'aise, avec un tel besoin de prendre l'air et d'être encouragé.
(p 356)
Vous suivez toujours ? Ce n'est pas encore terminé.
Le temps passe... 2 ans. Marianne finit par s'attacher au Col Brandon décidément très prévenant et accepte sa demande en mariage.
Tout est bien qui finit bien pour nos deux soeurs Dashwood.

Le récit permet de découvrir la manière de vivre de la gentry à cette époque : leurs loisirs (lectures, promenades en campagne ou forêt, bals, dîners, réception chez les uns et les autres, tea-party, jeux de cartes, parties de chasse pour les hommes) ; les relations sociales étaient alors très prisées pour occuper ses journées.

Bien sûr, mention spéciale à la prose de Jane Austen, toujours appréciable : j'adore son humour, chargé d'autodérision pour ses contemporains.
Le dîner fut d'une grande classe, les serviteurs nombreux et tout témoignait, chez la maîtresse de maison, du désir de briller et révélait chez le maître les moyens de la satisfaire. En dépit de toutes les améliorations et embellissements qu'il avait entrepris à Norland, en dépit des millions de livres qu'il avait failli vendre à perte, on ne découvrait aucun signe de cette indigence à laquelle il avait essayé de faire croire, aucune pauvreté n'apparaissait si ce n'est dans la conversation ; mais là, le déficit était considérable.
(p 232, excellent n'est-ce pas ?)
J'ai remarqué comment Jane Austen dépeint les différences entre fratries : l'amour que se portent les soeurs Dashwood contre l'animosité entre les frères Ferrars : Robert n'aime pas beaucoup son petit frère, c'est le moins que l'on puisse dire.

Je suis toujours importunée (agacée) avec la non conversion des mesures de distance dans les romans anglosaxons, il faut forcément faire la conversion pour mesurer, c'est le cas de le dire, l'impression des distances entre les villes ou les maisons. Ainsi, à Barton, le cottage est distant de la maison de Sir John de 0,5 mile
(804 mètres, autant dire 800 mètres en le traduisant non ?).



Aperçu de la Ghirlandata de Dante Rossetti qui sert de couverture à ce roman :

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